KilhalQuelques pages sur les expériences vécues, les projets, etc.
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Fiston étant revenu j'ai laisse tomber la mine pour un moment. Ce qui n'est pas plus mal : je viens de me taper 65 h au pub. Vive la richesse
Alex me propose de me prendre comme partenaire a la mine quand son fils sera en europe. Encore faudrait-il que ses machines arrivent a fonctionner plus de deux jours de suite sans devoir être réparées.
Le pub me propose un sponsorship, mais en même temps le big boss veut virer toute l'équipe. En attendant j'ai suivi les cours de responsable au service de l'alcool, je peux légamment exclure qui je veux du pub pour aussi longtemps que je veux. Et me prendre 20 000 $ d'amende si je sers une bière a un mec bourré.
Les vieux veulent toujours m'epouser. Les jeunes aussi d'ailleurs.
Tiens l'anecdote du mois :
Samedi dernier je vais chercher du stock pour le pub et je tombe sur Jimmy (le jeune) completement bourre qui me sort :
"Anna one day I'll marry you"
moi morte de rire je l'envois bouler. Et le voila qui me repond
'you shouldn't be so sure of yourself, you never know what can happen in Coober Pedy"
'True but I know what will never happen".
On m'avait dis il n'y a que des excentriques a Coober Pedy. C'est faux. Il y a aussi des gens très très stupides.
Bref passons...
Un pote m'offre de bosser dans sa nouvelle boulangerie ( a mi temps : 40h par semaine seulement au debut) et peut etre de me sponsoriser.
Justin veut passer 6 mois en europe et me laisser peut etre en charge de sa paperasse pendant se temps...
Et moi dans tout ça ? Je suis paumée. Cette ville de cinglés me plait-elle vraiment ou est ce une idée de masochiste ? Vais-je réussir a me poser ici et est-ce que ca vaut le coup ? Me voila repartie dans un dilemme perso habituel, partagée entre l'envie de me poser sur la lune et celle de suivre ces voyageurs qui passent tous les jours.
J'ai passe mon code mais pas eu le temps vraiment de conduire.
Pour une fois que je pense enfin presque sérieusement a mon avenir je me rend compte de pourquoi je ne l'ai pas fait avant : trop dur de prendre une décision.
Les opportunités sont la mais a qui faire confiance ? A moi ? Combien de temps vais-je tenir a sourire bêtement a ces alcooliques qui répètent en boucle "I want to fuck you" les yeux de merlan fris, sans leur casser la gueule ? Suis-je devenu plus sage en vieillissant ou trop feignante pour prêter attention a la connerie des gens ? Coober Pedy est-ce vraiment l'endroit idéal pour faire des plans de carrière ? Vais-je finir manager de l'opal inn ? une pro de l'opale ? assistante sociale ? chômeuse ?
Le bon point c'est que je bosse trop pour avoir le temps d'être alcoolique. Et que du coup je mets de l'argent de coter pour ma moto.
Bref après plus de deux mois rien de concret, de plus en plus de questions, de plus en plus de projets...
7.30 Au garage
Le rituel matinal : Alex roule sa cigarette
“Hey Anna how are you ? ready ? You want a coffee ?”
Goran arrive. Discussion sur les aléas de la mine : y a
des traces mais pas encore de millions. Et le ventillateur qu’est cassé. Et si
on creusait dans une autre direction ? Faut réparer la fuite dans la
tunneling machine mais no worries pour l’instant ca tiens…
8.00
“Hey partner you’re ready”
“Sure”
“Let’s go”
On prend la route le vieil Alex et moi, dans sa ute dont les rétros ne
montrent que le sol.
8.20
“Bon . Ok I need a cigarette, you drive.”
Changement de pilote me voila au volant, mes pieds touchant a peine les pédales.
“Ok now you pout ze forss. I said NOW GoGoGo”
“Hey there’s a crest I’ll go but after”
“Bon. Don’t worry about ze crest I tell you GO pout ze forss bloody hell”
“I’m not worry about the crest I’m worry about my life and yours cause you don’t want to wear the damn seat bell”
“Don’t worry about ze life you’re wiz me nothing can happen GO”
Alors je go. Depuis samedi j’aide Alex a la mine, son fils étant descendu a
Adélaïde prendre l’air de la ville. Enfin quand je dis j’aide, je regarde et j’obéis,
il est dur de faire autrement avec Alex (« no worries »), qui a prés
de 70 ans, à l’habitude de tout faire tout seul et compte bien continuer encore
30 ans. Même pour porter les ventilateurs de 50 kilos.
“It’s gout to have a driver he ? “
Moi je réponds pas, concentrée sur la route de gravillon, trous, etc...Morte
de trouille en faite mais voulant pas le montrer.
J’apprends le travail de mineur, qui en ce moment est surtout celui de mécano,
et il m’apprend a conduire. On parle projet, qu’est ce qu’on ferai si on
trouvait un joli coquillage arc en ciel. En 20 ans sous terre et dans la poussière
il perdu son boulot d’ingénieur au brésil, sa maison, sa femme, mais pas son
espoir. Pis en attendant les « chips » qu’on trouve c’est toujours du
« tucker monney » Je reçois les conseils et l’expérience en échange d’un
peu de présence et d’aide.
Et me fait engueuler parce que je mange pas assez de fruit
“Bon fruit iz gout. You have to eat fruit. Its healthy. My son it’s the same. Always chocolate, cookies, no fruit. Bon chocolate iz gout tou but you have to eat fruit bloody hell. You have to take care every thing is gout if you have ze health bloody hell.”
Niveau Opal Inn, j’alterne les semaines de 45h et celles de 15. Marre des
promesses a deux balles, marre de devoir prier pour faire des heures, alors je
laisse aller. Ca m’arrange quand même d’avoir du temps pour l’opale plutôt que
pour les alcooliques. Même s’ils sont sympa (après tout ils m’en offrent aussi
de l’opale, en plus des demandes en mariages) mon intérêt n’est pas derrière le bar à bosser pour des tauliers
qui me prennent pour une gamine et qui croient que je vais avaler toutes leurs débilités.
En attendant je fais des projets : apprendre le métier de tailleuse d’opale
et ouvrir un business la dedans, entrer en partenariat avec Alex « no
worries », passer le permis voiture (au fait je viens d’avoir mon code,
une faute seulement), acheter une moto, enfin ! Ou tout lâcher le mois
prochain et prendre la route pour Perth… Ou aller en Nouvelles Calédonie en
novembre ? Ou en Nouvelles Zélande ? Ou ou ou……….
Cote général, on devait changer d’heure ce week end mais le gouvernement à
changer d’avis et c’est reporte au 6. L’hiver arrive, les pulls sortent du
placard on est descendu a 25 puis remonte a 30. Y a pas que le gouvernement qui
change d’avis.
Ah oui, j’ai passer un peu plus de temps a jouer les touristes et pris pas
mal de photos ces dernières semaines donc a vous d’en profiter et de jouir des beautés
de Coober Pedy.
Comme un poisson dans l’eau je nage au milieu de ces collines poivre et sel.
Glissant sur leurs flancs colorés, me cachant dans leurs grottes mystérieuses, slalomant entre les arbres, roches et algues. Le sourire à l’ envers non pas de tristesse mais d’admiration, de respect devant ce lieu serein où l’esprit se perd loin des tracas de la ville.
Au fait ca fait combien de temps que je ne suis pas vu une ville, une vraie ?
Il y a 70 millions d’années il y avait la mer. Et il n’est pas difficile de s’y sentir poisson. Imaginer une époque où il faisait plus frais. Le calme, le silence de la nature, un horizon infini… Ces rivières ou l’eau ne coule plus. Ces arbres solitaires perchés au milieu du ciel…
Il y a 70 millions d’année il y avait la mer. Maintenant c’est une immense surface rocheuse qui sert de terrain de jeu aux Gallahs, serpents, dingos et autres créatures du désert. Du blanc du gris des rouges dans toutes leurs variations. Et le silence de la nature, le vide qui remplit les yeux, la paix.
Le téléphone sonne interrompant ma rêverie.
“-Hi Anna Joey is sick can you come tonight?
-What time? -5.30
Je jette un coup d’œil à l’horloge de la voiture : 3pm
-I’ll be there. »
Depuis quand Telstra fonctionne dans le desert ? Mystères de l’électronique.
En raccrochant je regarde de nouveau l’heure, sur mon portable cette fois. L’est pas 3h du tout, mais une heure de plus. L'électronique encore...
Mon neurone se met en fonction rapidement (on appel ca la réactivité il parait) : je pensais avoir 2h devant moi, je n’ai qu’une heure et demi pour rentrer (une demi heure de route), sortir mon linge de la machine à laver et le sécher, prendre une douche, manger et aller au boulot (20 minutes à pied). Comme d’hab le retour à la réalité est rude, mais tout est rude dans le bush.
Je regarde une dernière fois ce qu’ils appellent les Breakaway, va savoir pourquoi. Puis mon pilote du jour : « Let’s go » .
Apres tout il fait 40 degrés, la seule eau qui couvre ma peau est celle de ma sueur et si je reste plus longtemps, c’est pas des écailles qui va me pousser mais des plaques rouges de brulures…
M’en fout je reviendrais…Ca ne fait que la deuxième fois cette semaine.
La vie a Coober
Pedy ?
Par ou commencer ?
Certainement pas par le début !
Ca fait un mois
que j’ai ré atterri dans cette ville lunaire au milieu d’un espace intersidéral
composé de poussière et de mouches.
Il est dit que la
capitale mondiale de l’opale offre de nombreuses attractions. C’est vrai. Je ne
parlerai pas de la fameuse maison troglodyte de Crocodile Harry : tous les
guides en parlent et je n’ai pas été visité. Je ne parlerai pas non plus de l’unique
Golf Club, unique parce que l’herbe ni pousse pas : je n’ai jamais aime le
golf. Je ne parlerai pas non plus de l’Old Timer Mine que tous les touristes
vont visiter : ca fait 4 fois que je viens a Coober Pedy et 4 fois que je
visite des mines en activité. Entendez par la des mines ou des mecs s’évertuent
à casser des cailloux sur des machines réparées a coup de morceaux de scotch,
dans l’espoir un jour de faire fortune en trouvant LA grosse opale.
Non je veux
parler des vraies attractions de Coober Pedy, celles qui font que me voila de
retour même si je me demande toujours pourquoi je suis revenue.
Parmi celles-ci :
=>Les locaux. Ces (je me site) « mecs s’évertuent à
casser des cailloux sur des machines réparées a coup de morceaux de scotch,
dans l’espoir un jour de faire fortune en trouvant LA grosse opale. » Ces
mecs qui comment moi sont arrivés ici pour passer des vacances. C’était il y a
36 ans. Marrant ca ils sont tous arrivés à la même époque. Une époque ou les
machines n’existaient pas mais l’opale tapissait ton chemin. Ah mais ils l’ont trouve l’opale. Ils ont fait
fortune. Mais la roue de la fortune tourne et redescend, alors ils continuent
dans l’espoir qu’elle remonte un jour. Français, Grecs, Roumains, Croates, chacun
y va de son Broken English pour te raconter ses espoirs. Y en a même qui réussissent
après quelques verres à avouer : ils sont ici parce que à 70 ans il est
dur de quitter les vieilles habitudes. Et leur habitude à eux c’est creuser et rêver.
=>Les engins. Un
vrai cimetière de science fiction. Partout des vieilles bagnoles déglinguées.
Des blowers (aspirateurs géants montés sur camions pour aspirer la poussière
issue du creusage dans les mines) rouilles et sans moteurs. Des morceaux de
pneu, de moteur, de chaine. Des véhicules qui semblent avoir appartenus aux dinosaures.
Et qui sont toujours en fonctionnement !!! Enfin presque. Bien souvent il faut un camion pour en remorquer un autre : la machine fonctionne mais pas le moteur.
=>Le drive-in.
Je l’adore. Peut être parce que même en Australie ils commencent à les fermer.
Peut être parce qu’il me rappelle la scène de « Priscillia queen of the
desert ». Peut être parce qu’avoir un peu de cinéma dans cette terre sans
imagination c’est tellement irréel que j’aime. Le hic et j’y reviendrai plus
tard c’est qu’il y a qu’un film toutes les 2 semaines. Et que c’est le samedi.
=>L’opale.
Parce que faut pas se leurrer : c’est pour ca que tout le monde viens a
Coober Pedy. Un morceau de caillou plein de couleur.
Ok ceci étant mis
au point qu’est ce que JE fais REELLEMENT a Coober ? J’y étais venu pour
la mine of course. Mais of course rien ne se passe jamais comme prévu. Je me
souviens de quelqu’un qui m’a dis un jour « si ta vie se déroulerai comme
tu veux tu te ferai chier et tu passerai ton temps a te plaindre » Faudra
que j’essaye un jour quand même. Quoique… Si je fais ca Murphy ne pourrai plus
faire valoir sa loi…
Bref je vis dans
le dugout de Justin, tout comme l’année dernière. Au moins ca me donne une
adresse et un téléphone fixe et une température inférieure a 24 degrés quand la
porte est fermée.
Niveau mine c’est
pas ca du tout. Alex bosse avec son fils, Goran attend sa nana, moi du coup
personne pour bosser avec. La richesse n’est pas encore la. Me reste le
nettoyage des opales quand ces messieurs en auront trouvé…
Du coup j’en
profite pour mettre de l’ordre dans les papiers de Justin, ayant un an de retard
sur sa comptabilité. Secrétaire, une bordélique comme moi ? C’est le coté obscure de la force…
Outre ca, je
travaille depuis deux semaines dans un des pubs locaux, l’Opal Inn.
Ah oui à Coober
tout les noms sont Opal, miner ou underground quelque chose. Y a même un
Underground Hair dresser qui n’est absolument pas sous terre mais ca fait mieux,
et un Underground Cafe qui est fermé depuis 2004.
Bref je suis
barmaid à l’Opal Inn. On m’avait promis 36 heures par semaines. Mais Murphy me
suivant comme une ombre, j’en fais moins. Beaucoup moins.
Le premier soir
JE suis devenue l’attraction locale. Le retour du tuviensdouquestcequetufaisla…
J’ai été présentée à toute la ville.
-Hi scuse me you’re new here ? What’s your name
-Anna. Your’s ?
-Jimmy. Nice to meet you
-Yeah Jimmy of course
Tout le monde s’appelle
Jimmy à Coober. Ca vient de Dimitrios. Invasion grecque il y a une trentaine d’année
quand une des familles a trouvé une méga richesse et a invite tout le pays a la
partagé. Range tes cours de japonais mémère et ressort ceux de la langue d’Hercule.
Le deuxième soir
ils étaient tous amoureux de moi. Deux invitations à dîner, une demande en
mariage…L’Happy Hour fait des ravages et heureusement ne dure que deux heures.
J’ai aussi hérité d’un pilier de bar : Jimmy (le jeune), qui peut passer
des heures à me dire qu’il me comprend tout à fait et que j’ai complètement
raison. Avant même que je n’ai ouvert la bouche. Très fort. D’un autre cote il
y a tellement de monde dans cette ville que y a certains soirs c’est le seul
client. C’est dingue comme certaines heures sont plus longues que d’autre…
La semaine d’après
ils m’ont fait bosser au Lounge Bar au lieu du pub. Même taf. Mais beaucoup
beaucoup moins de clients. Ah si y a Jimmy, qui a la gentillesse de venir me
tenir une compagnie qui pourrait très bien se tenir toute seule. Et mon fan
club de petit vieux qui m’aime mais l’Happy Hour c’est next door. Et le vieux
Jimmy (un autre) qui vient juste de rentrer de Thailand ou il a acheter une
femme et que c’est dommage si j’avais été là deux semaines plus tôt c’est nous
qu’on se serai marier en Thailand.
Mes collègues ca
va. J’apprends a écouté celles qui se plaignent que personne ne les aime et que
tout le monde et tellement stupide, ne pas déranger celles qui sont au téléphone,
ni les mecs en contemplation devant l’art en mouvement.
Mes patrons ?
Un couple charmant. Gary n’a peur que d’une chose : s’il me fait bosser
plus je vais gagner plus et donc partir plus vite. Ce à quoi je réponds que ca dépend
si il signe mon sponsorship je pourrais bien rester 1 an ou 2 de plus… Affaire à
suivre
(oui je me
souviens d’un certain ami binoclard qui disait que j’allais tomber amoureuse de
ce pays et vouloir y rester. Oui je me souviens avoir répondu jamais de la vie.
Oui je reconnais avoir mentit)
Quoi d’autre ?
Le ménage. Je bosse aussi pour Kate, la femme de Gary qui s’occupe de l’hôtel.
Programme : faire les lits et nettoyer les chambres. J’apprends à faire
des lits d’hôpitaux tellement jolis et bien fait que pour rentrer dedans faut
le vouloir et être dote d’une force spéciale.
22 $ / heure, j’espère
bientôt avoir assez d’heure pour me faire assez de thune…pour enfin acheter ma
moto. Parce que CA ca me manque. Plus que les potes, le saucisson et le camembert
qui coule. C’est mon objectif fixé et indéfixable : je ne quitte pas
Coober sans moto. Mais du coup plus le temps pour le drive in.
Le bilan donc un
mois et deux mouches avalées après ?
Plein de projet.
J’ai enfin
découvert pourquoi fallait pas mettre le doigt dans le nez : ca passe pas,
y a trop de poussière. Du coup j’ai réappris à respirer par la bouche la main
devant pour éviter la poussière et les mouches d’entrer.
Me suis remise au
sport (enfin ca c’est la théorie et c’était valable les deux premières semaines
dans la pratique quand je ne bosse pas mon corps se retrouve incompréhensiblement
allonge devant la télé, la main sur la zappeuse).
Je passe pas mal de temps à essayer de vendre mes photos sur le net.
Je me suis remise a la cuisine, fabriquant moi même les aliments de base qui sont hors de prix dans le désert : yaourt, pain et compote de pomme.
Autre découverte :
y a pas de carambars en Australie. Ca c’est con.
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